La lumière va s’éteindre

, par  Secrétariat BL , popularité : 18%

Déclaration liminaire de la CGT au CA de l’INRAE - 12 décembre 2025
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A l’ordre du jour de ce conseil d’administration, nous avons, comme point principal, l’examen du budget initial de l’INRAE pour 2026.

Les chiffres sont clairs, les chiffres sont glaçants.
Au moment même où Sébastien Lecornu a fait accepter une augmentation de plus de 12% des crédits militaires, la subvention des tutelles pour l’INRAE connaît une augmentation tellement faible que, si on intègre l’inflation, il manque 5 millions d’euros pour simplement maintenir les moyens en euros constants. Sur deux ans, la subvention pour charges de services publics n’a augmenté que de 0,7%, chiffre largement inférieur à l’inflation.

Les charges de l’Institut augmentent fortement, du fait en premier lieu de la décision de l’Etat d’accroître le taux de cotisation pour les retraites du personnel, en conséquence directe de décennies de baisse du recrutement de fonctionnaires.
Sur deux années, l’Etat demande à l’INRAE une cotisation supplémentaire de 25 millions d’euros, mais ne lui en compense que 2 millions dans la subvention. Pour la mise en place de la protection sociale complémentaire, l’INRAE n’aura aucune compensation alors que dans l’article 2 de l’accord du 8 avril 2024, l’Etat s’était engagé formellement à compenser auprès de ses opérateurs.
La CGT INRAE exige que la tutelle assume ses décisions et respecte sa signature. Notons, que la motion dénonçant la non compensation par l’Etat et déposée au CSA du 27 novembre 2025 par les organisations syndicales a été votée à l’unanimité.

Au final, le déficit total, en partie compensé par des économies, s’élève à plus de 50 millions d’euros, soit près de 6% de la subvention d’Etat. Après intégration des efforts d’économie de l’Institut, le déficit demeure encore à plus de 38 millions d’euros !
Plusieurs économies sont prévues qui vont impacter l’activité des agents, plus de 3% sur les moyens consacrés à la science, près de 6% sur deux ans pour l’appui, et la fin du bouclier énergétique. Concrètement les directions d’unités ont été informées il y a quelques jours d’un relèvement des taux de prélèvement de la Direction Générale sur les contrats de recherche.

Où est l’économie indiquée de 0,6M€ liée au remplacement du logiciel PeopleSoft par SIFAC ?
Les recrutements supplémentaires qui ont été nécessaires et le temps perdu par les agents ont-ils été intégrés ? La souffrance au travail des agents générée par un outil inadapté et les arrêts de travail qui s’en suivent sont-ils pris en compte ? À l’approche de la clôture budgétaire, nous ne pouvons qu’exprimer notre inquiétude et rappeler combien il est nécessaire de prendre en compte le travail réel des administratifs dans l’évolution de leurs outils.

Des recrutements seraient nécessaires et nous ne pouvons que regretter le niveau des recrutements prévus en 2026, avec 35 postes** de moins que cette année, largement plus que la seule baisse des départs en retraite. Même scénario que l’année passée avec globalement une centaine de postes de moins mis au recrutement.

Les crédits prévus en PLF 2026 pour le chapitre 231 vie étudiante, qui comprend entre autres les bourses, et le soutien aux restaurants et aux résidences universitaires sont en baisse de 1,3% en euros courants, alors que parallèlement les crédits du chapitre 191 pour les recherches intéressant l’armement sont plus que doublés. On sacrifie les étudiants, logique, quand le chef d’état-major affirme que la France doit se préparer à perdre ses enfants. Et l’assemblée nationale approuve une augmentation des dépenses militaires de 6,7 milliards d’euros.

Dans un discours du 22 janvier 2009 de Nicolas Sarkozy sur la stratégie nationale de recherche et innovation, l’ancien président expliquait que les chercheurs venaient au travail "parce qu’il y avait de la lumière et que c’était chauffé".
Au vu de l’évolution de la situation financière de l’ESR, il n’y aura bientôt plus de chauffage. Et la lumière va s’éteindre.

La lumière va s’éteindre, et l’oxygène est en train de baisser.
La transmission, par la tutelle, aux universités et aux opérateurs de Recherche d’un questionnaire sur la perception de l’antisémitisme, a déclenché un profond dégoût dans l’ESR, qui a heureusement conduit à l’abandon de ce projet. La liberté d’expression fait partie des libertés académiques, et il en est de même des libertés syndicales aujourd’hui menacées comme en témoigne les poursuites grotesques à l’encontre de Sophie Binet.

Pour finir, n’oublions pas que la situation en Palestine est loin d’être revenue au calme.
Nous réitérons notre demande impérative d’un arrêt total de toutes collaborations de l’institut avec toutes institutions israéliennes.

** 20 postes d’ITA (-9%) et 15 postes de chercheur·ses (-19%) en moins en 2026 par rapport à 2025

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