Bientôt un INRAEthon ?
Déclaration liminaire de la CGT au CA de l’INRAE du 12 mars 2026
Mesdames, Messieurs, Administratrices, Administrateurs.
Bientôt un INRAEthon ?
Nous sommes mi-mars et le CNESER (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche) s’est réuni avant hier, avec à son ordre du jour « l’examen du budget de recherche des organismes publics » dont celui de l’INRAE. Mais, outre absence du ministre, son cabinet n’a pas fourni les chiffres réels du budget 2026 ! Nous sommes dans la même situation dans ce conseil d’administration, où une information budgétaire est prévue sans qu’aucun document n’ait été distribué au préalable.
En revanche pour 2025, sur la base du compte financier et du rapport de l’ordonnateur, nous voyons que le résultat financier de l’INRAE est lourdement déficitaire comme le prouve le critère financier clé qu’est le résultat patrimonial, bilan des recettes et des dépenses en intégrant les stocks, qui s’établit à -33 millions d’euros, qui fait suite aux - 30 millions en 2024, -36 millions en 2023 et -24 millions en 2022. Cela représente plus de 120 millions de déficit cumulés en 4 ans : faut-il envisager une collecte ? une tombola pendant la cérémonie des lauriers ? un INRAEthon ?
Les raisons de ce déficit sont dues à une subvention ministérielle (SCSP) qui évolue moins vite que l’inflation et à la faible augmentation de la valeur du point d’indice non prise en charge totalement par l’état, l’obligation faite à l’INRAE de payer une partie des pensions de retraite sur son budget propre et de prélever dans son fonds de roulement.
Réalisons que ce déficit ne vient donc pas d’une mauvaise gestion financière mais bien du non-respect par l’Etat de ses engagements envers l’Institut et ses agents, sous-financement qui devient chronique et entrave la réalisation des missions qui leur sont confiées.
Par ailleurs le rapport financier indique clairement que la mise en œuvre de SIFAC a perturbé l’établissement des comptes à la clôture, et que les données finales de l’exercice sont, pour le moins, approximatives. Des déficits récurrents et un épais brouillard, deux raisons de s’inquiéter de la situation financière de notre Institut.
A l’ordre du jour de ce Conseil d’Administration figure aussi un avis sur la prolongation d’un marché public concernant les développements informatiques, pour un montant maximum de 42 millions d’euros sur 4 ans. Signalons que ce marché est déjà conclu et qu’il ne concernera que trois prestataires.
La philosophie de ce marché est clairement annoncée dans un des titres : "il est nécessaire d’externaliser ces développements, ... alors que les besoins sont récurrents". Nous estimons que les métiers du numérique ne sont pas annexes et que la plupart des outils informatiques existent déjà et sont disponibles dans la fonction publique, notamment à INRIA. Alors que notre institut souhaite affirmer une politique volontariste de Responsabilité Sociétale et Environnementale, le montant de ce marché aurait pu financer 120 postes de titulaires dans des métiers du numérique.
Plus généralement sur le volet social et l’attractivité de l’INRAE employeur il y a des trous dans la raquette. A commencer par la PSC Prévoyance Santé qui est au point mort. Nous n’avons pas d’information alors que c’est pour une mise en application au 1er mai 2026 et que les agents doivent résilier leur contrat.
Sur le volet salarial, la dernière modification du SMIC conduit à ce que des agents Inrae se retrouvent avec un traitement indiciaire en dessous du SMIC, ce qui est interdit et conduit au versement d’une indemnité différentielle pour tous ceux qui ont un indice inférieur à 371. Encore une marche vers un écrasement total des débuts de carrière des techniciens de recherche et des assistants ingénieurs. De plus, la garantie individuelle du pouvoir d’achat (GIPA) ne sera toujours pas versée en 2026, comme en 2024 et 2025, alors que durant ces deux années, l’inflation a été de 3%.
En cas d’arrêt maladie, les indemnités journalières sont réduites à 90% du salaire. Et en ce qui concerne la composante 1 du RIPEC des scientifiques, on peut douter de sa revalorisation cette année, et de l’atteinte effective en 2027 de la valeur cible contenue dans le protocole d’accord sur les rémunérations liées à la LPR. Difficile dans ces conditions de croire à l’attractivité de l’Institut et ce n’est pas quelques vidéos de présentation des postes ouverts aux concours qui feront oublier la faiblesse persistante des rémunérations.
Difficile de ne pas faire le lien avec la situation globale de la recherche dans notre pays. En ne consacrant que 0,74 pourcent de son produit intérieur brut à la recherche publique, notre pays ne pourra pas s’étonner de devenir une économie vassale des Etats-Unis ou de la Chine.
De l’argent, on en trouve pourtant, comme l’a encore redit le président Macron en annonçant que la loi de programmation militaire qui prévoyait 413 milliards d’euros de dépenses sur la période 2024-2030 serait dotée de 36 milliards supplémentaires, dont 6 milliards dès 2026. Davantage de porte-avions, de sous-marins, de têtes nucléaires, c’est possible, mais davantage de recherches pour faire face au mur du dérèglement climatique dans lequel le monde va s’écraser, non, il n’y a pas d’argent.
Le monde connait actuellement un nombre de conflits armés comme on n’en a pas vu depuis longtemps, sur fond de mépris total de Donald Trump et de son ami Netanyahou vis à vis du droit international comme l’ont encore montré les opérations qu’ils ont et qu’ils continuent à mener à Gaza, en Cisjordanie, au Vénézuela, en Iran ou au Liban, où ce sont les populations civiles qui souffrent et meurent. Et la seule réaction de Trump c’est d’appuyer sur l’accélérateur !
Plus que jamais, la CGT dit cessez le feu immédiat, arrêt des bombardements et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
CGT - INRAE
Syndicat National CGT de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement